Just dumb

19 janvier 2008

Mort du roi

J'avais douze ans, et ce type qui se faisait photographier assis en tailleur au fond d'une piscine pleine me troublait, tout comme m'avaient fasciné trois ans auparavant le premier homme qui marchait sur la lune, ou encore le combat Cassius Clay (futur Mohammed Ali) contre Joe Frazier. Mais lui avait quelque chose en plus : toute sa démesure était dans sa tête. Il s'est retrouvé roi et a perdu son royaume sans cesser d'être roi pour autant. Juif antisémite, Américain antiaméricain, ses soixante-quatre cases englobaient bien plus que le monde tel que nous le connaissons. Ses attaques en témoignent encore. Nul doute que s'il avait été littérateur, il eût été dans la lignée de Céline ou Drieu. Bobby Fischer est mort hier, emportant avec lui bien plus que des pièces noires et blanches.

"There's more to the picture than meet the eyes" - Neil Young

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16 janvier 2008

Croyances

La beauté de l’amour réside-t-elle dans la promesse jamais tenue. L’erreur serait-elle dans le fait de promettre ? La promesse ne serait jamais tenue, parce qu’elle n’a pas lieu d’être. La grande méprise humaine serait-elle de vouloir croire à quelque chose ou à quelqu’un, à tout prix ?

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07 janvier 2008

Déraison ordinaire

J'ai appris à ne pas me moquer des fous, et de ceux qui semblent l'être.
Les portes que j'ai ouvertes en moi, paradoxalement à force de dissimulation, m'ont donné accès à nombre de mondes insoupçonnés, insoupçonnables. Loin de tout raisonnement construit ou pouvant l'être.
À force de flouer les autres (alors qu'on n'a jamais compris qu'ils puissent être autres) on se trompe soi-même. On donne le change, persuadé que l'on est que ça pourra durer. Mais ça ne dure pas. On sait, au tréfonds, que c'est faux, que le monde entier est faux. On pense sans arrêt, presque jusqu'à l'obsession, au "monde qui est une comédie sans acteur" de Sartre.
Rien ne peut plus apporter un semblant d'apaisement.

- Tu m'as traité de punk ? Bienvenue au bord du gouffre…

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28 décembre 2007

Quelle direction ?

Les traumatismes et les pertes semblent finir par rendre l'humain si fatigué et secret qu'il ne sait comment avancer, ou même s'il peut encore avancer. La mélancolie prend alors le dessus, et la beaucoup des relations échouent, ou tournent vinaigre. Malgré cela, d'infinitésimales lumières semblent encore poindre. Vivre, c'est s'exposer ; mais c'est aussi perdre. Le sachant, l'habitude fait-elle encore détourner le regard ?

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18 décembre 2007

Une soif d'amour

C'était à l'heure où les fauves vont au comptoir.

Les verres de rosé se succédaient, et emplissaient rapidement les veines et les esprits, la voie facilitée par les estomacs vides. Mon compère et moi-même, légèrement débraillés, riions franchement, et seul le désespoir, bien évidemment, pouvait nous amener à une telle hilarité. Son téléphone a sonné deux fois. Deux fois, il a répondu qu'il avait des trucs à finir, et que oui, il allait être en retard. Deux fois, je lui ai lancé un regard interrogateur, et nous nous connaissons suffisamment et depuis suffisamment longtemps, pour savoir que ce regard signifie "si tu dois y aller". Deux fois, il a rangé son téléphone dans sa poche, haussé les épaules, et nous avons commandé à nouveau du rosé. Nous avons encore ri, mais pas uniquement. Mais nous avons ri, aussi. Nous avons encore commandé du rosé. Peut-être pour imaginer que c'était encore l'été, mais aussi juste pour boire.

Et puis elle est arrivée, elle a traversé la salle à grandes enjambées, et s'est plantée devant lui, lui disant : "alors c'est ça, ta deuxième vie ?". Nous l'avions à peine vue arriver. Il a posé son verre sur le comptoir, et à rétorqué, que non, ici c'était sa première vie. Soufflée, elle a fait demi-tour, et est repartie, encore à grandes enjambées. Il a juste ajouté "t'es bête ou quoi" et elle a lancé un dernier regard avant que la porte ne se ferme derrière elle.

Nous avons alors commandé du rosé.

"Les vampires ont l'avantage sur l'homme de ne pas se nourrir de leur propre substance", dit Harvey Keitel dans Bad Lieutenant.

(évidemment, toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existé ou avec des faits réels ne serait que purement fortuite)

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09 décembre 2007

Evidence

"Une seule chose est nécessaire : la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même et ne rencontrer pendant des heures personne, c'est à cela qu'il faut parvenir. Etre seul, comme l'enfant est seul..."
R.M. Rilke - Lettres à un jeune poète

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02 décembre 2007

Oublier

Peut-on dépasser et oublier la machine infernale générée par le désir ? Ce désir semble exister au plus fort en nous-mêmes alors que sans cesse on cherche à le remiser quelque part dans les strates. Est-ce pour cela qu'on ne se sent vivre que lorsqu'on désespère de le détruire ?

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25 novembre 2007

Au loin

C'est toujours le même rêve, qu'on soit endormi ou éveillé. Ça peut arriver le matin en se réveillant ou au milieu de l'après-midi. On se dit que tout est fini. On essaie de s'en persuader. Mais rien n'est jamais fini. Peut-être est-ce une des constantes de la nature humaine que de toujours laisser une trace. Et de ne rien terminer.

Les douleurs physiques accompagneraient-elles souvent les souffrances morales ? L'estomac meurtri et la tête enserrée dans son collier d'acier iraient-ils de pair avec le doute ?

Un avenir demeure pourtant, loin de tout.

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06 octobre 2007

Tour de table

Il est bien rare que l'on convie de sa propre initiative fantômes et ombres. Mais eux ne se gênent pas pour être là, à intervalles réguliers, certains jours précis. Les combattre n'a pas de sens, mais on ne s'habitue jamais tout à fait à leur présence (ou à ce qu'ils représentent), ni à leur goût.

Au bout de toutes ces années, les mêmes peines sont toujours là, légèrement différentes et si semblables malgré tout.

"Il n'est aucune sorte de sensation qui soit plus vive que celle de la douleur ; ses impressions sont sûres, elles ne trompent point comme celles du plaisir." Sade

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02 septembre 2007

Guilt & revenge

Après les serments, survient tôt ou tard le temps des déchirures et des blessures. Cet amour, qu’on déifiait encore quelques jours ou semaines auparavant, ne revêt plus que la forme d’un disgracieux appendice ou d’une blessure (pas toujours très) intime, suivant le point de vue.

"And when you'll fall in love with me, I'll dig a hole by the river-tree, and I'll fuck you until you die" - Jeffrey Lee Pierce/Gun Club

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13 août 2007

Vivre (ou presque)

Je suis vivant. Je ne sais pourquoi ni comment, mais il faut bien s'y résigner. Vivant, parce j'ai loué une voiture ? Vivant, parce que je me sens victime ? Vivant, parce que comme toute bonne victime, je suis coupable ?

Allez savoir... Vivant ? Ou presque ?

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08 août 2007

Promiscuité

L'amour (ou supposé tel) et la lucidité peuvent-ils faire bon ménage (bedfellows, comme on dirait outre-Manche) ? "Je te baise parce que je t'aime", ou le contraire ? Quel est l'épilogue de telle situation ?

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16 juin 2007

Kultur

Petit tour au Palais de Tokyo cet après-midi. Les murs sont toujours blancs. Les œuvre sont noires (Steven Parrino), les gardiens aussi.

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25 avril 2007

Choix

Aujourd'hui, nombre de mes concitoyens, parents, amis et relations semblent indécis pour ce scrutin du 6 mai, genre "blanc bonnet et bonnet blanc". Je ne puis que les inviter à lire cet article. Il est utile parfois, pour estimer un personnage politique, de "jauger" son entourage, non ?

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18 avril 2007

Ouverts

La lucidité m’effraie à un point jamais atteint. J’ai de plus en plus de mal à croire que l’homme puisse être bon à l’égard de ses contemporains. Malgré cela, et paradoxalement, certains moments de vie me séduisent. J’ai longtemps été l’involontaire confident de mes connaissances. Cela m’a emmené un peu plus loin sur le chemin de la solitude. Se réfugier dans les livres, les disques, les tableaux m’ouvre de plus en plus de voies et je m’en ravis. Ainsi, ouvrir les yeux n’est plus, tous les jours, aussi désagréable.

"Tu t’en venais, rire des eaux, jusqu’à ces aîtres du terrien." – Saint John Perse, Amers

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27 mars 2007

Vent

"J'ai horreur de mes ennemis en ce sens que je ne m'intéresse pas du tout à eux. Je ne les aime pas, je ne m'attarde pas à eux, je ne m'appesantis pas sur eux ; je ne suis pas, bref, un ennemi pour eux.
Mes inimitiés ont duré bien moins longtemps que mes amitiés et encore bien moins longtemps que mes amours.
J'ai l'air de détester les gens pendant le temps qu'il me faut pour m'habituer à ne plus les aimer ou les goûter.
Cela tient aussi à mon genre de vie, à ma solitude, à ma liberté. Rien ne m'oblige à ces enchaînements, à ces frottements qui exaspèrent et indurent la rogne. Je m'en vais avec le vent. Il serait temps que le vent m'emporte tout à fait."

Pierre Drieu La Rochelle - Journal 1939-1945

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23 février 2007

Suivez la flèche

Solitude






(merci, Mr Renznor)

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28 janvier 2007

How does it feel ?…

Je me souviens, il y a déjà pas mal de temps (je n'avais pas encore cessé d'avoir la télé), une très belle interview (sur Arte) de Leonard Cohen ; il était dans sa cuisine, quelque part en Californie, et disait que malgré tous les voyages qu'il avait pu faire, il n'appréciait pas grand chose de plus qu'un verre de vin dans la cuisine où était filmée l'interview.

J'ai sûrement bien moins voyagé que lui, je n'ai pourtant de cesse de rechercher et franchir certaines limites, les paradis du bout du monde comme les enfers internes me sont maintenant un peu connus, mais le verre de vin dans la cuisine restera toujours un doux moment.

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06 janvier 2007

Rémanence

Cette douleur, je la connaissais, mais me refusais à l'identifier.
Quelque part sous les peaux, tout n'est que rupture.

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04 décembre 2006

Dépendances et assuétude

On en arriverait presque à rêver. Un billet de train, pour une destination lointaine ou pas, une nuit d'hôtel pas forcément luxueux ni exotique.

La solitude finit toujours par avoir le dernier mot.

Vain mot ?

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